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Patrimoine-Argent

2019 : Quelle stratégie pour vos placements ?

Après une année morose sur l'ensemble des marchés actions à l'exception des États-Unis, il est temps de mettre de l'ordre dans votre patrimoine pour maîtriser les risques.

La très grande majorité des placements comportant une dose de risque a terminé l'année 2018 dans le rouge vif. Les baisses étaient même supérieures à 10 % sur la plupart des Bourses européennes un peu avant mi-décembre. Seul gagnant de ces derniers mois, le marché américain des actions ne gagne qu'un maigre 3,4 % pour le Nasdaq. Quant aux placements sans risque, comme le livret A et le fonds en euros de l'assurance vie, ils sont pénalisés par le retour de l'inflation (+2,2 %/an à fin octobre), qui grignote leur faible rémunération réelle. Il est temps de remettre les compteurs à zéro pour tenir compte des conséquences du nouvel environnement économique, monétaire et politique.

Les incontournables (livrets, fonds en euros)

Impossible de s'en passer, même quand il rapporte peu : le livret A reste le réceptacle naturel de votre épargne de précaution. Mais à 0,75 %, sa rémunération est aujourd'hui très inférieure à la hausse des prix. En effet, l'inflation devrait atteindre 1,90 % en 2018 et se situera au même niveau en 2019. Par ailleurs, les pouvoirs publics ont annoncé le gel du taux du livret A jusqu'au 31 janvier 2020. Il n'y a donc aucun espoir de battre l'inflation cette année encore.

Pourtant, cette enveloppe reste le produit sans risque et totalement liquide le mieux rémunéré du marché : les livrets bancaires fiscalisés ne rapportent que 0,10 % à 0,30 %, avant impôt, à l'exception d'Orange Bank, PSA Banque et RCI Banque dont le livret est rémunéré à 1 % brut, soit 0,70 % net. La bonne stratégie consiste donc à conserver le strict minimum sur ces placements de précaution, et à placer l'excédent sur des produits un peu mieux rémunérés, quitte à renoncer à la liquidité.

Le fonds en euros de l'assurance vie reste l'alternative de choix. Il est principalement investi sur des emprunts d'État dont le taux s'est érodé ces dernières années. « L'OAT 10 ans et le Bund allemand devraient rester relativement stables cette année dans un contexte de normalisation de la politique monétaire de la banque centrale européenne » explique Bernard Aybran, directeur de la multigestion d'Invesco. Les analystes tablent sur une stabilité des taux directeurs jusqu'à la fin de l'année, avec une première remontée fin 2019-début 2020. Le fonds en euros, à capital garanti devrait rapporter entre 1,60 % et 1,70 % en 2018, soit, là encore, un peu moins que l'inflation. Et ce niveau de rémunération devrait se stabiliser en 2019. La bonne solution consiste à privilégier les tous meilleurs fonds en euros du marché, dont le rendement tourne encore entre 2 et 2,5 %, par exemple dans les banques et contrats en ligne qui présentent l'avantage de ne pas facturer de droits d'entrée. Pour cela, il faut, par exemple, ouvrir un nouveau contrat assez rapidement sur Internet (par exemple sur le site d'Assurancevie.com, Altaprofits, Linxea, Fortuneo Banque, Mes-Placements, MonFinancier, BforBank, Epargnissimo...) et cesser d'alimenter le fonds en euros de son vieux contrat si son taux ne dépasse pas 1,5 %.

Les risques à prendre (actions)

Les nuages sont encore nombreux dans le ciel des marchés actions. Aux États-Unis, la croissance restera forte grâce au puissant moteur de la consommation, avec une prévision de hausse du PIB à 2,4 % après 2,9 % en 2018. Mais la poursuite de la hausse des taux courts par la Réserve Fédérale, et les tensions sur les taux d'intérêt à long terme qui l'accompagnent compliquent la donne. De plus, la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine constitue un risque supplémentaire pour les marchés. « L'horizon s'éclaircit pour les actions américaines car on commence à anticiper la fin du cycle de hausse des taux de la Fed, dans un contexte où les pressions inflationnistes se calment », explique toutefois Bernard Aybran chez Invesco.

La situation est très différente de notre côté de l'Atlantique. « Les marchés sont véritablement désynchronisés : les États-Unis restent sur une belle dynamique tandis que la zone euro ralentit, avec une croissance aux environs de 1,80 % en 2019 », explique Laurent Denize, codirecteur des investissements chez ODDO BHF Asset Management. Dans ce contexte, la diversification reste de mise.

« Les valorisations ont baissé en octobre, novembre, et début décembre, cela crée des opportunités en particulier sur les valeurs technologiques américaines » indique Bernard Aybran, chez Invesco. Aux États-Unis comme en zone euro, mieux vaut privilégier les valeurs peu endettées, qui seront moins sensibles au renchérissement de la dette. « Nous sommes positifs dans la zone euro sur les valeurs des équipementiers automobiles, qui ont beaucoup souffert ces derniers mois et sur la santé qui présente une bonne visibilité sur les cash flows » ajoute Laurent Denize.

Dans la pratique, l'investissement sur les valeurs américaines se réalise via des unités de compte dans un contrat d'assurance vie afin de bénéficier de son cadre fiscal avantageux. Pour les actions euro, il est possible d'investir soit via un contrat d'assurance vie, soit sur un PEA.

Les placements à éviter (obligataire pur, crypto-actifs)

Rien ne sert de positionner votre portefeuille sur les bons placements pour 2019 si vous détenez par ailleurs des produits financiers particulièrement mal orientés. Il est encore temps de réduire, voire de liquider vos positions sur les fonds obligataires purs dont la performance évolue à l'inverse des taux : lorsque les taux d'intérêt augmentent, la valeur des obligations déjà émises baisse car les investisseurs préfèrent se positionner sur les nouveaux emprunts plus rémunérateurs. En Europe, l'heure n'est certes pas encore à une forte remontée des taux d'intérêt, mais la longue baisse qui était favorable aux produits obligataires est bel et bien derrière nous.

« Les placements obligataires jouent moins leur rôle défensif alors que la normalisation monétaire se met en place », conclut Laurent Denize, chez ODDO BHF Asset Management. Il faut nuancer en fonction de l'horizon : les produits de court terme s'en sortiront mieux que ceux placés sur des taux à long terme. Les fonds patrimoniaux ne sont quant à eux pas aussi mal orientés. Pour mémoire, ces produits peuvent faire varier leur allocation d'actifs en fonction des anticipations de marché. Ils sont investis à la fois sur les actions et les obligations, parfois même du monétaire. La part obligataire ne devrait pas générer de forte performance cette année, mais elle permet de piloter finement la part actions du portefeuille pour tirer profit des excès des marchés.

Prudence aussi sur les crypto-actifs comme le Bitcoin ou l'Ethereum. Star de la fin d'année 2017 marquée par l'envolée spectaculaire des cours, le Bitcoin a depuis connu une véritable dégringolade. Le cours est passé de 19 900 dollars mi-décembre 2017 à moins de 3 500 dollars fin 2018. Basé sur la technologie de la blockchain, le Bitcoin se caractérise par une forte volatilité ne convenant pas à tous les investisseurs. Autre point noir, le Bitcoin présente aussi un risque de vol via le piratage des comptes des clients au sein des plateformes d'achat. Les investisseurs avertis peuvent s'y intéresser pour tenter de capter les phases de hausse. Mais le Bitcoin n'est pas à mettre en toutes les mains. Les crypto-actifs ne sont pas des placements régulés par l'AMF, qui met régulièrement en garde le public contre leurs risques. Une vingtaine de sites proposant des produits dérivés sur crypto-actifs sans y être autorisés ont déjà été pointés du doigt. Par ailleurs, l'AMF, l'ACPR et la Banque de France sont vent debout contre le projet des buralistes de vendre des Bitcoins à partir de janvier 2019 en partenariat avec une société spécialisée et en dehors de tout contrôle réglementaire. Prudence.

4,30%

Rendement moyen brut des SCPI classiques en 2018, selon MeilleuresSCPI.com

L'or en diversification

L'or évoluait aux environs de 1 220 dollars l'once début décembre, en baisse de 5,5 % depuis le 1er janvier 2018. Son cours est stable en euros compte tenu de la hausse de la devise américaine ces derniers mois : les épargnants français ayant acheté de l'or n'ont donc pas perdu d'argent cette année. D'ailleurs, le métal jaune a parfaitement rempli son rôle de valeur refuge ces dernières semaines. « Octobre a été l'un des pires mois sur les marchés boursiers depuis dix ans. L'or a parfaitement joué son rôle d'actif refuge et de diversification progressant de plus de 1,6 % en dollars alors que les actions globales chutaient de plus de 7,5 % en un mois », indique Arnaud du Plessis, gérant actions thématiques spécialisé sur l'or et les ressources naturelles chez CPR AM. La volatilité restant de mise en 2019, le métal jaune devrait continuer ponctuellement à jouer ce rôle. Par ailleurs, les fondamentaux semblent plus favorables que l'an dernier. « Le principal catalyseur reste le dollar et les taux réels américains » indique Arnaud du Plessis. Or, la Réserve Fédérale américaine semble indiquer que la hausse de ses taux directeurs touchera prochainement à sa fin, ce qui devrait se traduire par un affaiblissement du dollar, qui est positif pour le cours de l'or. « En l'absence d'accélération haussière des taux longs aux États-Unis, les taux d'intérêt réels devraient se stabiliser voire se tasser, ce qui est également favorable à l'or », complète Arnaud du Plessis. Le consensus de marché table sur un cours moyen aux environ de 1 265 dollars en 2019, soit 4 % au-dessus de son cours actuel.

Les SCPI pour compléter ses revenus

Investies en immobilier professionnel (bureaux, commerce, hôtels, etc.), les Sociétés Civiles de Placement Immobilier (SCPI) ont rapporté en moyenne 4,44 % en 2017. « Le rendement devrait se situer en moyenne à 4,30-4,35 % pour 2018. Les taux d'occupation se redressent et certaines SCPI commencent à augmenter les revenus distribués. La tendance est positive » indique Jonathan Dhiver, fondateur du site MeilleureSCPI. com. Attention : contrairement au livret A et au fonds en euros de l'assurance vie, les SCPI présentent un risque en capital. Mais ces produits permettent de compléter ses revenus dans la durée avec un risque modéré. Reste à sélectionner avec soin les produits, en diversifiant sa position sur plusieurs produits à profil de risque différent. « L'idéal est de combiner des SCPI historiques comme Accès Valeur Pierre (4,36 % en 2017) de BNP Paribas ou Immorente (4,73 %) de Sofidy, dont le rendement est proche de la moyenne du marché, avec des stratégies intéressantes comme Corum XL de Corum AM (6,58 % en 2017) investit dans l'immobilier en zone Euro et au-delà. On peut aussi citer la SCPI diversifiée Épargne Pierre (5,97 % en 2017) de Voisin » ajoute Jonathan Dhiver.

Parution: 01/2019
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